Introduction au « Notre Père »

Introduction au « Notre Père »

Nous sommes en présence d’un des textes des Évangiles les plus commentés. Des milliers d’ouvrages lui ont été consacrés. C’est dire son extraordinaire richesse.

C’est une prière prononcée, encore aujourd’hui, par des millions de croyants.

Au cœur même de sa brièveté, toutes nos demandes se trouvent exprimées.

 

L’enseignement du « Notre Père » se retrouve dans Luc et Matthieu, mais en s’inscrivant dans des contextes très différents.

 

Luc 11: 1-4

C’est à la suite de la demande concrète d’un disciple que Jésus dispense son enseignement.  Il a vu Jésus prier, sa prière était différente de celle de Jean Baptiste, d’où sa demande :

« Enseigne-nous comment prier »

Un maître spirituel n’enseignait pas seulement à ses disciples la théologie ou l’éthique, mais aussi les pratiques religieuses, et en particulier, pour les Juifs : la prière, l’aumône et le jeûne.

Il a vu et ce qu’il a vu le conduit à se laisser enseigner.

Pour Matthieu, par contre, il n’y a pas de questionnement direct, mais un enseignement général sur l’éthique du Royaume, et en particulier l’observation des trois piliers de la pratique juive : la prière, l’aumône et le jeûne.

 

Voir Jésus prier

Il semble que les disciples n’ont eu que peu d’occasions de voir Jésus prier. S’il y a une prière publique, il y a aussi une prière de l’intime. Il se retire, à la nuit tombée, dans des lieux isolés. Sa prière demande réserve et pudeur et ne désire pas de témoins, si ce n’est Dieu seul. On n’étale pas au grand jour ce que l’on vit de profond avec Dieu.

Il y a des prières qui demandent cette solitude. Prières de repentance, de consécration, d’adoration … doivent pouvoir se vivre sans témoin, si nous voulons être vrais devant Dieu.

Mais si les disciples n’ont pas souvent vu Jésus prier, ils ont, par contre, découvert  les effets de sa prière. Lorsqu’il les rejoint au petit matin, son visage rayonne  de l’amour de Dieu, ses paroles comme ses actes s’inscrivent clairement dans la volonté de son Père. Il exprime un tel amour, une telle compassion, que sa prière ne peut être que différente de celle de Jean Baptiste.

On ne sait rien du disciple, ni son nom, ni le lieu, ni les circonstances.

Il a seulement vu, et ce qu’il a vu était tellement étonnant qu’il n’a pu dire : « dis-nous comment prier. »

Mais qu’a- t-il vu ?

Deux choses : Jésus en prière et en contraste, la pauvreté de sa propre prière.

On ne sait pas si Jésus prononçait quelques paroles ou s’il était simplement silencieux en prière, mais ce qui se dégageait de Lui était d’une telle force, d’une telle communion, d’une telle présence invisible que ses disciples ne pouvaient avoir qu’une seule envie, l’envie d’en savoir plus : « Seigneur, comment fais-tu? »

Découvrir quelqu’un dans une prière profonde peut être une expérience bouleversante et nous faire comprendre combien notre prière est pauvre, inconsistante, superficielle …

C’est en étant personnellement confronté à de vrais priants, ou en lisant des ouvrages écrits par des hommes et des femmes qui vivaient une communion rayonnante avec Dieu, qu’est né en moi le désir d’en savoir plus et de m’engager – bien imparfaitement – dans ce chemin de prière.

La demande du disciple est la demande d’un pauvre, conscient qu’il ne sait pas prier et a l’humilité de le reconnaître et de se laisser enseigner.

Toute notre vie, ayons l’humilité de nous reconnaître pauvres dans notre vie de prière pour découvrir que nous avons sans cesse besoin de revenir à Celui qui est la source de toute vraie prière.

 

Une réponse surprenante

La réponse de Jésus à la demande du disciple est surprenante. Il leur donne simplement une prière : « Lorsque vous priez, dites : Père …  »

Les disciples s’attendaient probablement à un enseignement sur la prière.

Quelle doit être l’attitude du corps ? : la tête couverte ou non, les mains levées vers le ciel ou à genoux ?…

Pas non plus de nomenclature des différentes prières comme on les retrouve dans tout bon livre consacré à la prière : prières de demande, de confession, d’adoration, de repentance, de consécration, de reconnaissance, de contemplation, de guérison …

Rien de cela. Il leur donne une simple prière, quelques mots … mais tout y est dit !

 

 

Matthieu 6:5-15

Nous ne sommes plus en présence d’une demande d’un disciple, mais devant un enseignement sur la prière, l’aumône et le jeûne.

Il y a une prière publique qui porte en elle-même sa propre récompense. C’est la prière des religieux qui prient pour être vus en prière. Être entendu de Dieu est second, mais l’image pieuse qu’ils donnent d’eux-mêmes est première.  C’est aussi vrai de l’aumône; on doit savoir qu’ils sont généreux, de même que pour  le jeûne, ils doivent impérativement faire triste figure …

En fait lorsqu’on prie il y a toujours un ou plusieurs témoins, mais un seul est vrai : le Père !

 

Il y a aussi une prière répétitive, rabâchée, qui laisse croire qu’on obtient la faveur de Dieu … en lui cassant les pieds !

Face à cette piété publique, Dieu va proposer une piété cachée, intériorisée :

– Que ta main gauche …

– Parfume-toi la tête …

– Entre dans le secret de ta chambre …

 

Mat.6:6 Recommandation étonnante.

Alors que l’enseignement sur la prière est à la première personne du pluriel : « Notre Père, donne-nous, pardonne-nous, ne nous soumets pas … » le cadre dans lequel se vit la prière est à la première personne du singulier : « Pour TOI ! »

Cet enseignement collectif, brusquement me prend comme sujet !

« Toi qui ne sait pas prier, qui prie mal, dont la prière ne tient pas dans la durée, qui manque de foi, de profondeur, de vérité … je vais te dire un lieu où Dieu t’attend ! »

Mais pour y arriver, il y a tout un chemin à parcourir.

« Tu dois entrer, fermer et verrouiller ta porte, aller dans la pièce la plus retirée … et là, dans le secret … ton Père t’y attend ! »

Entre dans ta chambre

La chambre, un lieu en opposition à d’autres lieux publics comme la synagogue, les carrefours, les rues …

Certes, Dieu est aussi présent dans ces lieux, il est aussi au milieu de la foule, mais en t’invitant à entrer dans ta chambre secrète il désire te préserver de :

– la présence et le regard des autres qui pourraient te distraire de ta prière. La distraction elle est aussi présente lorsqu’on est seul, mais il est plus facile de la gérer.

– le danger de faire de belles prières, où celui qui prie s’écoute prier … prière propre aux religieux, syntaxe parfaite, mais sécheresse garantie.

 

« Entre dans ta chambre et verrouille ta porte »

Lorsqu’on attend quelqu’un, on laisse la porte entrouverte, on ne la ferme pas à clé … Ici, il m’est demandé de la verrouiller. Personne ne peut donc entrer … je suis donc seul dans cette chambre. Ce qui pourrait me distraire est resté dehors … mais celui que je désire rencontrer est déjà là ! Il m’attend en ce lieu, il est au rendez-vous, toujours à l’heure. C’EST NOUS qui ne venons pas ou qui sommes toujours en retard.

Promesse extraordinaire dont nous ne percevons pas toute la richesse. Chaque fois que je m’arrête pour prier , il est là, il m’attend, que cette présence me soit sensible ou non.

Prier est donc cet acte de foi en cette parole du Christ :

Quand tu pries, Dieu t’attend !

 

« Ton Père qui te voit dans le secret … »

Ce Père qui est là dans le secret de ta chambre … il te voit. On aurait pu lire : « il t’entend, il t’écoute … »

VOIRE … tu peux donc ne rien dire ! Être seulement là en silence. Peut-être parce que ton cœur est trop lourd, parce qu’il y a trop de souffrance, de chagrin, de peine … comme on peut rester en silence devant quelqu’un qui souffre.

Il voit … même si les mots ne viennent pas, il lit au plus profond de nos cœurs. Pas besoin de grandes et de belles paroles …

Il nous est demandé d’être simplement là, les mains ouvertes, mendiants et heureux de sa seule présence …

 

La chambre secrète

Mais quelle est cette chambre secrète ?

Pas besoin d’aller à Jérusalem ou à Rome pour prier, même s’il y a  des lieux de silence plus propices à la prière.

La chambre peut être un espace géographique, dans notre maison, une chambre, un bureau où l’on peut espérer ne pas être dérangé, ni être vu … et pouvoir s’aménager un tel espace peut nous aider dans notre vie de prière et de méditation de la Parole.

Mais si tu ne disposes pas de ce lieu, ne t’inquiète pas. Cette chambre peut être ailleurs que dans ta maison.

Cette chambre peut être aussi un lieu secret de notre cœur où nous apprenons à nous retirer.

Un espace que nous verrouillons à toute intrusion extérieure.

Cet espace où Dieu désire nous rencontrer, il est en chacun de nous. Jésus ne nous dit-il pas que le Royaume est en chacun de nous (Luc 17:21) ?

Cette prière profonde nous pouvons donc la vivre au milieu de la foule. La chambre secrète peut donc se trouver au cœur du monde.

A l’image de ceux qui se promènent avec un baladeur sur les oreilles et ne se rendent plus trop compte de ce qui se passe autour d’eux, il nous est possible aussi de nous retrouver dans cet espace intérieur où Dieu nous attend.

Mais l’image du baladeur s’arrête là. Lorsque je prie au milieu de la foule, cette foule qui m’entoure je la vois.  Chacun de ces visages, souvent fermés, tristes … je peux silencieusement les déposer aux pieds du Christ. « Seigneur, cette femme qui semble porter sur ses épaules tout le poids du monde … bénis là ! »

Si notre prière est vraie, elle ne sera jamais stérile, mais porteuse de bénédiction et de vie à l’image du Christ qui puisait dans l’intimité avec son Père la force d’affronter un monde souvent hostile.

C’est d’ailleurs le test de la vérité de notre prière. Si sa source est en Dieu, elle nous ouvre à l’amour, à la compassion et au pardon. Si rien de cela n’existe, nous avons alors à nous interroger sur l’authenticité de notre prière. Si nous restons dans la rancœur, dans le refus du pardon … notre prière n’est pas chrétienne !

 

Nous n’avons rien dit du Notre Père … il nous faudra revenir à la richesse de cette prière.