Prédication apportée par Claude Vilain à l’occasion des funérailles de Pierre Lefin

Prédication apportée par Claude Vilain à l’occasion des funérailles de Pierre Lefin

Pierre Lefin
Pierre Lefin (1933 – 2015)

 

PIERRE LEFIN

Mardi 24 novembre 2015

REBECQ

Prédication apportée par Claude Vilain à l’occasion des funérailles de Pierre Lefin

Temple Protestant Evangélique de Tubize

 

 

Pierre a marqué la vie de beaucoup de personnes à travers ses qualités humaines mais aussi à travers son engagement de foi.

Ce qui nous unissait – puisque maintenant il nous faudra parler de lui à l’imparfait – ce n’était pas seulement cette belle et profonde amitié qu’il partageait d’ailleurs avec tant et tant d’autres – votre présence aussi nombreuse en est la preuve – mais ce qui nous unissait c’était aussi notre enracinement dans une foi commune en Jésus-Christ vivant.

Pierre aimait Dieu profondément, une foi qui s’était affinée, fortifiée au cours des années. Une foi profonde, sincère, vraie, qui n’était toutefois pas exempte de questions … ces questions qui justement ont si souvent nourri nos échanges.

 

Je viens de dire que Pierre aimait Dieu profondément, mais peut-on parler de l’amour de Dieu à l’imparfait ?

Il me semble que c’est une erreur. On ne peut parler de l’amour de Dieu que dans une sorte d’éternel présent, une sorte de présent continu qui englobe le passé, le présent, mais aussi l’avenir.

Si on admet que ce qui caractérise l’être même de Dieu c’est l’amour, et cet amour ne peut être brisé par la mort.

Sur l’amour vrai, la mort n’a pas de prise. « L’amour ne disparaît jamais » écrira l’apôtre Paul dans sa première lettre aux chrétiens de Corinthe, au chapitre 13.

 

Bien sur, nous pouvons aimer Dieu et puis cesser de l’aimer, mais lui continuera à nous aimer envers et contre tout.

Si son amour se heurte bien souvent à notre indifférence, à nos refus, à nos multiples compromis … cela ne l’empêche pas de continuer à nous aimer, à nous attendre … il se tient à la porte de nos vies et « attend » que nous lui ouvrions un espace de rencontre pour que son amour ne soit plus une « idée » un peu abstraite,  mais une réalité profonde qui nous fasse vivre.

 

Dire que l‘amour de Dieu transcende notre temps est une nouvelle extraordinaire. Cela veut dire que celui ou celle qui aime Dieu d’un amour vrai ne peut voir cet amour se dissoudre par la mort et dans la mort.

Pierre aimait Dieu … peut-on dire aujourd’hui, alors qu’il est passé de l’autre côté du voile, que maintenant il aime Dieu, sans limites, sans entraves, sans ombres, sans doutes …

 

« L’amour ne disparaît jamais ! »

L’apôtre Paul s’adressant aux chrétiens de Rome leur dira :

« J’ai l’assurance que ni la mort ni la vie … rien ne pourra me séparer de l’Amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur » 

 

Lorsque qu’il parle de Dieu, de son amour, de la vie en Christ, il ne peut en parler qu’au présent, un temps sans limite sur lequel la mort ne peut rien.

Est-ce que nous serions là devant l’extraordinaire intuition de la foi chrétienne lorsqu’elle parle de résurrection ?  Affirmant avec force que pour celui qui a mis sa confiance, sa foi, dans le Christ, la mort n’a plus de prise ?

La mort n’a plus de prise parce que l’amour de Dieu a tout envahi et que cet amour ne peut avoir ni de limites temporelles, ni de limites spatiales.

 

Ce qui me passionne dans ma foi aujourd’hui, c’est de découvrir que ce que je vis avec Dieu, dans la fragilité et dans la faiblesse, n’est que le début du chemin. Il m’apprivoise chaque jour un peu plus et je me laisse apprivoiser par Lui chaque jour davantage. Bien sur, il y a des moments de doutes, des questions qui restent sans réponses … mais il trace un sillon dans ma vie et je sais que ce qu’il a commencé, il l’achèvera pleinement dans la lumière éternelle de sa présence.

Ce que je dis de ma relation à Dieu, Pierre l’aurait dit également, mais peut être avec des mots différents. Et en disant cela je ne trahi aucunement sa pensée

C’est pour cela que nous avons mis sur le faire part ces paroles du Christ :

 

La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ ton Fils.

 

La foi chrétienne se présente donc comme un parcours de vie.

Mais il est essentiel de préciser ce que « connaître » Dieu veut dire. Il y a autour de ce mot une terrible confusion. On imagine que connaître Dieu c’est l’accumulation d’un savoir. Comme un enfant à qui l’on demanderait s’il « connaît » sa table de multiplication.  Connaître Dieu serait donc alors être capable de réciter correctement un crédo, d’avoir sur lui un discours théologique rigoureusement orthodoxe … Certes connaître implique un savoir intellectuel, Dieu se donne à connaître à travers des paroles, des idées, des concepts … mais plus encore il se donne à connaître à travers une relation vraie et profonde avec lui.

C’est assez surprenant de découvrir que c’est ce même verbe « connaître » que la Bible va utiliser pour parler de la relation intime entre un homme et une femme. Si la Bible a osé cette association de langage, c’est pour nous aider à mieux comprendre la relation vitale et affective que Dieu désire établir avec chacun de nous.

 

La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent …

 

 Mais si ces paroles parlent de vie éternelle, elles comportent un autre risque de confusion, qui serait de croire que la vie éternelle ne serait qu’une réalité future, qui n’a finalement aucun impact réel dans notre vie présente. La simple certitude que l’on possèderait  les documents en règle pour passer la frontière.

Lorsque le Christ parle de vie éternelle, il parle d’abord d’une réalité présente, de ce qu’il nous invite à vivre avec lui aujourd’hui, ici, maintenant.

 

Ce que Dieu nous propose ce n’est pas une vie diminuée, une vie au rabais, faite d’une multitude d’interdits, mais une vie pleine, entière nourrie d’une présence qui se tient à nos côtés, au milieu de nos joies mais aussi de nos peines.

J’aime beaucoup ces paroles de Maurice Zundel, philosophe et théologien, et je les cite souvent :

 

« Voila notre Dieu : non pas une menace, non pas une limite, non pas un interdit, non pas une vengeance, mais l’amour agenouillé qui attend éternellement le consentement de notre amour. »

 

Dieu n’est pas toutes ces affirmations négatives dont ses détracteurs l’ont affublé … il est bien au contraire la source de toute joie véritable, de toute paix profonde, auteur et dispensateur d’un amour absolu dont nous ne percevons que les contours.

Lorsque Jacques Prévert parodie le Notre Père en disant : « Notre Père qui êtes aux cieux, restez-y ! «  il ne se rend pas compte que le Dieu dont il parle n’est pas le Dieu de Jésus-Christ mais une caricature de Dieu qui n’a rien à voir avec l’original !

Comme le dit Zundel, le Dieu que nous révèle Jésus-Christ, est mendiant de notre amour. Aucune arrogance en lui mais le pari fou de croire que nous pourrions répondre à son amour …

Et la parole qu’il nous adresse est simple : « choisis la vie », et cette parole reste du domaine de l’offre.

 

A la femme samaritaine venue puiser de l’eau, femme à la vie sentimentale tumultueuse – elle a déjà eu 5 maris et l’homme avec qui elle vit n’est pas son mari – à cette femme venue puiser de l’eau en plein midi, Jésus dira : « si tu connaissais le don de Dieu … »  ou pour le dire autrement : « si tu savais le cadeau que Dieu veut te faire – si tu savais que lui seul peut combler toutes tes soifs légitimes de bonheur … »

On est  en présence de l’offre de vie la plus belle de l’Evangile.

« Si tu savais … » « Si tu acceptais de laisser tomber toutes les caricatures de Dieu que tu véhicules depuis tant d’années, si tu acceptais de le voir tel qu’il est et non à travers le regard de ceux qui ont décidé de le combattre, il pourrait alors t’offrir ce qu’il ne cesse de vouloir t’offrir depuis si longtemps. »

Il y a entre Dieu et nous une incroyable incompréhension.

Ce que nous savons de lui ou ce que  nous croyons savoir de lui n’est que l’ombre de ce qu’il est véritablement. Il est bien au delà des prudentes idées que nous nous faisons de lui.

« Si tu connaissais le don de Dieu … » « Si tu savais le cadeau de vie que Dieu t’offre tu laisserais tomber tes ambitions à la petite semaine ou tes projets pharaoniques, pour te mettre à sa suite et découvrir – enfin – qu’il est le seul qui puisse combler profondément, totalement, tes attentes légitimes de vie et de bonheur. »

Le Christ dira dans ce même Evangile selon Jean :

 

« Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. »

 

Cette offre de vie, Pierre l’avait saisie, et ce qui faisait ses qualités d’hommes, n’étaient pas seulement l’expression de sa personnalité, mais aussi le reflet de ce qu’il vivait avec son Dieu.

Il était entré jeune dans ce chemin de foi, faisant du Christ son compagnon de route. Une vie de foi qui n’était pas exempte de questions, de doutes, de reculs ou de défaillances. Mais une vie de foi marquée par une conscience toujours plus vive que l’amour de Dieu pour lui était premier.

 

Si Pierre pouvait nous dire un dernier mot, ce serait celui-là : « Choisis la vie, fais du Christ ta première priorité et il t’apportera la vie, aujourd’hui, maintenant et jusque dans l’éternité. »

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